Beaucoup de personnes traitées pour un cancer doivent s’absenter du travail ou des études. Si c’est votre cas, vous envisagez certainement d’y retourner. Après tout, comme la très grande majorité des adolescents et des jeunes adultes survivent au cancer, vous risquez fort de vivre encore 50 à 60 ans après votre diagnostic!

Par contre, retourner aux études ou réintégrer un emploi après une longue absence en maladie pour cause de cancer peut devenir un facteur de stress important. Cela peut susciter bien des inquiétudes, des craintes et des interrogations. Quelle sera la réaction des autres personnes (collègues, patron, étudiants, professeurs…) à mon égard? Est-ce que je serai capable de me concentrer et de performer? Je me sens souvent fatigué, comment vais-je faire? Ma mémoire fait défaut parfois, est-ce que je retrouverai la mémoire que j’avais avant ma maladie? Etc. Ces questions et préoccupations sont normales et partagées par les personnes qui ont vécu ou vivent un retour aux études ou une réintégration au travail après une longue absence en maladie comme vous.

Le fait de retourner aux études ou au travail est un signe très positif et encourageant car cette étape est la dernière dans le processus de rétablissement. Cela démontre une nette amélioration de votre état de santé, que ça va mieux et ce, même si ce retour génère du stress et demande beaucoup d’énergie.

Vous trouverez dans la série de questions qui suivent des suggestions et des trucs pour vous aider et faciliter ce retour. Vous y trouverez aussi des liens vers des sites Web et des vidéos si vous voulez pousser plus loin votre préparation. Vous ne vous sentirez peut-être pas concerné par toutes les questions, car chaque personne relève son propre défi. Par exemple, si vous retournez faire le même travail chez le même employeur, votre défi sera différent de celui de la personne qui cherche un nouveau travail ou un nouveau domaine d’études.

Quelle que soit votre réalité, si vous vous sentez dépassé par la situation, n’hésitez pas à en parler avec votre médecin ou votre infirmière-pivot.

Je me sens coupable d’être en congé de maladie. Je trouve que ce n’est pas normal à mon âge. Est-ce que j’ai raison?

Dites-vous que si vous êtes en congé de maladie, c’est que vous en avez besoin. Vous faites simplement ce qu’il faut pour faciliter votre retour à la meilleure santé possible. Ce n’est pas votre faute si vous avez développé un cancer et ce n’est pas une question d’âge. Même si c’est difficile, continuez dans la mesure du possible à faire ce que vous aimez, à faire de l’exercice, à voir vos amis. Essayez de profiter de cette période pour décrocher des études ou du travail et prendre du recul sans vous sentir coupable.

Je bénéficie de bourses du ministère de l’Éducation. Comment pourrai-je subvenir à mes besoins si je dois étudier à temps partiel?

Si votre condition ne vous permet pas d’étudier à temps plein mais que vous désirez poursuivre vos études à temps partiel, vous pourriez être admissible au Programme de prêts et bourses et bénéficier de mesures particulières même si vous étudiez à temps partiel.

Pour en savoir plus :
Rubrique « Trouble grave de santé mentale ou physique » en ligne, Éducation et Enseignement supérieur, consulté le 6 décembre 2019.

Est-ce que je peux envisager un retour progressif?

Si vous en avez la possibilité, le retour progressif est souvent la meilleure façon de retourner au travail ou aux études. Demandez à votre médecin de famille ou à votre médecin spécialiste un retour très progressif, bien adapté à vos besoins et votre condition physique et psychologique, sans toutefois dépasser la durée permise par l’employeur si vous travaillez.
Exprimez vos besoins et expliquez bien à votre médecin la nature, les exigences et l’environnement de vos études ou votre travail afin qu’il puisse comprendre les difficultés anticipées. De cette façon, vous pourrez planifier un retour progressif facilitant le plus possible le retour. Ne prenez pas pour acquis que le médecin connaît ce que vous faites comme emploi ou comme études et ce que cela implique exactement. S’il y a lieu, demandez au médecin de mettre par écrit ses recommandations particulières (ex. si le travail exige d’être debout, pouvoir utiliser temporairement une chaise, etc.)
Les patrons préfèrent, généralement, avoir leur employé, même si c’est seulement à mi-temps, plutôt que de ne pas l’avoir du tout.
Si vous êtes étudiant, discutez avec les personnes responsables dans votre établissement d’enseignement de la possibilité de bénéficier d’un retour progressif aux études et d’adapter le programme d’études à votre condition.

Pour en savoir plus :
Rubrique « Travail et école – Modalités de travail flexible » en ligne, Réseau canadien du cancer du sein, consulté le 6 décembre 2019.

Comme j’ai bien réagi aux traitements, mon médecin considère que je peux retourner au travail. Pourtant je me sens encore tellement fatigué que je ne crois pas que je sois prêt. Qu’est-ce que je peux faire?

Ne vous surprenez pas de ressentir de la fatigue même si les traitements sont derrière vous : c’est l’effet secondaire le plus fréquent des traitements pour le cancer. Cette fatigue et ses effets sur le moral peuvent perdurer après les traitements, d’où la nécessité de les considérer avant d’envisager un retour. Discutez-en au besoin avec votre équipe de soins. Quand votre médecin évaluera votre capacité à retourner au travail, il est important de lui faire part de votre niveau de fatigue et de votre moral. Une fatigue omniprésente peut être nuisible à vos études ou votre travail. Bien respirer, prendre l’air et faire de l’activité physique (ex. marcher) sont des moyens privilégiés pour augmenter sa vitalité et éliminer de la fatigue.

Si vous avez des problèmes de sommeil, parlez-en à votre équipe de soins. Il est important de ne pas tolérer d’insomnie et de faire attention à votre sommeil. Au besoin, vous pouvez vous aider avec des médicaments (parlez-en à votre médecin et à votre pharmacien et évitez de prendre des produits naturels sans consulter votre pharmacien). Faites aussi attention à votre alimentation (mangez santé) et prenez des collations santé en matinée et en après-midi afin d’éviter les baisses drastiques d’énergie. Si votre environnement le permet, prenez des moyens pour récupérer durant les pauses ou les périodes de repas (ex. petites siestes de 10 ou 15 minutes en restant assis sur sa chaise ou en appuyant sa tête sur un bureau). Utilisez un réveille-matin au besoin pour ne pas passer tout droit.

Pour en savoir plus :
Bellavance Samantha, Gestion de la fatigue au quotidien: un outil pour les personnes atteintes de cancer. Programme de physiothérapie de l’Université Laval et Fondation québécoise du cancer, Québec, 2013.

Rubrique « Outil de suivi – Cancer et fatigue au travail » en ligne, Cancer and work, consulté le 6 décembre 2019.

Rubrique « Évaluation de votre aptitude au travail » en ligne, Cancer and work, consulté le 6 décembre 2019.

Est-ce que je suis obligé de tout dire à mon employeur sur ma situation médicale?

Non. Vous n’avez aucune obligation légale d’informer votre employeur, sauf si votre situation nécessite des mesures d’adaptation. Par contre, il est préférable de donner l’heure juste à votre patron sur l’évolution de votre état lors du retour. Faites-lui part des recommandations du médecin, de vos limitations ou incapacités temporaires, des effets secondaires aux traitements reçus (ex. fatigue) ou à la médication, s’il y a lieu. Exprimez-lui vos besoins et vos craintes afin qu’il puisse adapter votre travail à votre condition. Participez à la recherche de solutions. Prévenez-le des futures absences pour des suivis avec votre médecin. Ne le faites pas qu’une seule fois, mais au fur et à mesure des semaines. Informez-le aussi de l’amélioration de votre situation.

Pour en savoir plus sur les questions d’ordre juridique :
Rubrique « Questions d’ordre juridique : Canada » en ligne, Cancer and work, consulté le 6 décembre 2019.

Est-ce que je devrais garder le contact avec mon milieu de travail pendant mon absence?

Dans la mesure du possible, gardez le contact avec vos collègues et votre employeur. En général, rester au courant de ce qui se passe au travail facilite le retour. Pas besoin de revoir tout le monde, essayez simplement de garder le contact avec au moins une personne avec laquelle vous vous sentez à l’aise. Il y a plusieurs façons de conserver un lien, et c’est à vous de décider : prendre un café, correspondre par courriel, communiquer par téléphone, assister à des événements sociaux si on se sent suffisamment en forme et si on en a le goût, par exemple.

Si cela s’applique à votre situation, vous pouvez aussi choisir de lire à distance vos courriels du travail afin de vous tenir au courant, de garder un certain lien et de faire du ménage régulièrement.

Certaines personnes préfèrent tout de même couper complètement avec le travail durant l’absence en maladie par crainte de vivre un stress supplémentaire. C’est à vous d’évaluer ce qui vous convient le mieux en tenant compte de votre réalité.

Pour en savoir plus :
Rubrique « La communication avec votre milieu de travail » en ligne, Cancer and work, consulté le 6 décembre 2019.

Rubrique « Le maintien des relations avec vos collègues durant votre absence »  en ligne, Cancer and work, consulté le 6 décembre 2019.

Préparer, anticiper, accompagner: le retour au travail après un cancer, Fondation ARC, 2014 (page 13-14). Consulté le 6 décembre 2019.

La date de mon retour est fixée. Est-ce que je dois retourner sur mon lieu de travail avant ce jour-là?

Lorsque la date de votre retour au travail est fixée, il est souvent avantageux de rendre visite à vos collègues et votre patron quelques jours ou semaines avant. Ainsi, vous pourrez :

  • briser la glace
  • rétablir le contact d’avance avec les membres du personnel
  • vous informer des changements apportés dans votre travail ou votre organisation durant votre absence (avancement des dossiers, nouveau personnel, nouvelles politiques, etc.)

Est-ce que je dois parler à mes collègues de ce que j’ai vécu?

Aucune loi ne vous oblige à divulguer votre condition médicale à vos collègues. La décision vous appartient. Ce que vous choisissez de dire et à qui dépend de votre environnement de travail et de votre situation personnelle.

Déterminez à l’avance ce que vous voulez et ne voulez pas exprimer aux autres concernant ce que vous avez vécu (maladie, traitements, etc.) ainsi que la façon dont vous voulez le faire. Cela permettra de diminuer l’anxiété et le stress que la pensée de ce retour peut occasionner. Le jour venu du retour au travail sera facilité parce que certaines étapes auront déjà été franchies.

N’oubliez pas de rester vous-même : si vous êtes une personne extravertie qui aime parler, vous exprimerez les choses différemment que si vous êtes une personne réservée, et c’est normal.

Pour en savoir plus :
Rubrique « Qui doit savoir : comment exercer votre pouvoir de divulgation. » en ligne, Cancer and work, consulté le 6 décembre 2019.

Rubrique « Sharing the news » en ligne, Cancer + careers, consulté le 6 décembre 2019.

Je retourne au travail ou aux études bientôt. Comment faire pour me rassurer?

Une personne en absence prolongée en maladie ne perd pas ses compétences, son expérience, ni ses capacités intellectuelles durant son congé. Rappelez-vous que lorsque l’on revient de vacances, on peut se sentir rouillé avec un cerveau ramolli et on a parfois oublié ses mots de passe ou autres codes d’accès. Après une longue absence, c’est normal de se sentir désorienté et d’avoir du mal à se concentrer.

Tenez compte de vos limites et respectez votre niveau d’énergie. Acceptez d’être moins productif pour un temps et évitez de vous imposer des attentes irréalistes.

Rassurez-vous en vous disant : « Je fais ce que je peux et si ça ne va pas, je retournerai en congé ». Cela ne veut pas dire que vous retournerez en maladie, mais le simple fait de vous accorder cette option, en pensée, diminuera votre stress.

N’hésitez pas à communiquer avec votre équipe de soins si vous vous sentez dépassé par la situation. Vous pouvez aussi communiquer avec une infirmière expérimentée en oncologie de la Fondation québécoise du cancer au 1 800 363-0063.

J’ai toujours été une personne autonome et je n’ai jamais eu de problème pour étudier, trouver ou garder un emploi. Pourquoi je me ferais aider maintenant? Ce n’est pas comme si j’étais vieux…

Vous n’êtes ni vieux ni peureux! Vous avez été atteint d’une maladie grave et le retour aux études ou au travail est une étape importante à franchir. C’est normal dans votre cas d’avoir besoin d’un réseau de soutien. Il s’agit de mettre toutes les chances de son côté! N’hésitez pas à faire appel à toutes les personnes susceptibles de vous aider, professionnels ou personnes proches de vous.

Pensez à :

  • votre famille, vos amis;
  • les membres de votre équipe de soins (infirmière-pivot, travailleur social, psychologue, etc.);
  • le PAE (Programme d’aide aux employés) de votre organisation s’il y a lieu, ou tout autre service d’aide aux personnes et aux étudiants;
  • votre milieu de travail ou d’études (conseillers en ressources humaines, professeurs, collègues dont vous vous sentez proches, conseillers en orientation professionnelle, etc.);
  • des organismes d’aide aux personnes atteintes d’un cancer comme la Fondation québécoise du cancer, la Fondation du cancer du sein du Québec, la Société canadienne du cancer;
  • d’autres jeunes survivants du cancer (vous pouvez communiquer avec la Fondation québécoise du cancer pour un jumelage téléphonique avec un autre jeune).

Pour en savoir plus sur le rôle des professionnels :
Rubrique « Le rôle des professionnels », en ligne, Cancer and work, consulté le 6 décembre 2019.

Avec la collaboration de Johanne Leroux, psychologue retraitée, animatrice de l’atelier La réintégration au travail après une absence maladie à la Fondation québécoise du cancer

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